Texte Libre


"Il n’y a pas de spiritualité plus aboutie que l’acte d’aimer, quand deux cœurs résonnent en diapason. Il n’y a pas plus accomplie prière que l’amour quand il est récité par deux bouches pieuses. Il n’y a pas plus achevé métier que le métier d’aimer..."
K. AKOUCHE

 

Jeudi 5 novembre 2009



«Ecrire, c’est à la fois se taire et crier par les mots»

Dans cet entretien, Karim Akouche, écrivain installé au Canada, nous fait le point sur son parcours littéraire et artistique. Entretien réalisé par Rachid Berdous

Algérie News-Week: Pouvez-vous vous faire connaître à nos lecteurs et nous dire ce que vous avez déjà publié ?

Karim Akouche : J’ai d’abord commencé très jeune à écrire en m’intéressant à la poésie avant de m’essayer à la nouvelle ; ensuite, vient le tour du roman. Le choix de ce dernier s’est imposé de lui-même. J’étais en train de travailler sur une nouvelle et, étant pris pieusement dans une inspiration généreuse, j’avais succombé naturellement à la tentation de m’initier à cette entreprise. En l’espace de deux mois, la verve et le souffle aidant, j’ai réussi à mener le projet à terme en accouchant «Les baisers du fantôme». Avant même la publication de mon premier opus, j’en ai écrit un deuxième que je n’ai pas encore publié, intitulé «Nos oiseaux meurent au printemps», et une pièce de théâtre traitant des droits de la femme dans le monde. J’ai plein de projets en cours. Il ne se passe pas un jour sans que je n’écrive quelque chose. J’écris comme je respire, me diriez-vous. J’ai un sentiment d’une extrême urgence que je n’arrive pas à définir et un besoin incommensurable de sonder le monde et ses hommes. Est-ce parce que la littérature est l’art qui dépasse la raison : un mystère...?

D’où proviennent, alors, cette inspiration et cette passion de l’écriture ?

Tout ce qui m’entoure est susceptible d'être source d'inspiration, à savoir la nature, les hommes et les femmes, les événements tragiques, dramatiques, burlesques, ubuesques - ou que sais-je encore ! Ces sources d’inspiration font notre histoire collective ou individuelle, mais également mon identité, la mémoire, la marche incertaine de l’histoire, l’avenir, l’exil… Par ailleurs, pour écrire, il faut avoir un flair de loup et un regard de lynx. Pour être écrivain, il faut détenir d’une certaine manière les vices du voyeur. Un voyeur avec un crayon et un calepin. Un voyeur bienveillant, pas toujours politiquement correct, qui sait consigner les notes. Pas un voyeur malsain, bien évidemment (rire). L’écrivain est celui qui sait décrire aussi bien l’enfer que le paradis. Je suis un écrivain de la noirceur, me dit un lecteur. Un romantique soutient un autre avis. Qui a raison et qui a tort ? Sans doute, personne ! Mes personnages sont graves, parfois ridicules, mais souvent touchants. C’est avec la littérature que j’arrive à apporter des réponses aux questions existentielles que je me pose. C’est principalement pour cette raison que j’ai adopté l’écriture comme mode vie. Non, mieux que ça : comme religion. J’ai dit quelque part que pendant que les uns prient dans les églises, les mosquées, les autres dans les synagogues ou les monastères, moi, je prie face à la pureté de ma feuille blanche. Les mots sont mon Evangile à moi. Ecrire c’est prier, implorer les dieux pour tenter d’exorciser son sort tragique, c’est-à-dire celui d’avoir fait partie du commun des mortels. J’écris pour cette raison : pour ne pas mourir.

Pouvez-vous nous expliquer l’idée générale véhiculée dans votre oeuvre ?

Je commence toujours par un thème autour duquel je structure une histoire. Et, poussé par un souffle créateur nécessaire, j’entreprends le tri des événements donnés, vécus, vus, ressentis ou imaginés. Ceci, avant de les combiner et les apprivoiser dans un style approprié pour en composer l’oeuvre. Quand j’écris, je suis pris dans une transe, dans une espèce de délire. Je deviens étranger à moi-même et ne vois plus ce qui m'entoure. Je deviens objet parmi les objets, ce qui me permet de découvrir leurs secrets. Ecrire est à la fois se taire et crier par les mots. C’est être seul tout en étant perdu dans une foule invisible. C’est pleurer sans verser de larmes. C’est rire sans remuer ses lèvres. C’est errer sans traîner ses guêtres. Bref : c’est voyager tout en étant cloué sur sa chaise, l’échine courbée et la plume dégoulinant la lumière au bout des doigts. Est-ce que vous avez édité en Algérie ? Je vous réponds malheureusement par la négative. En ce qui concerne «Les baisers du fantôme», à un moment donné, mon éditeur avait été tenté par un contrat de partenariat avec un éditeur algérien. Mais, suite à un fâcheux petit désaccord entre eux, le projet en est resté là avant de mourir définitivement dans l’oeuf.

 Et pour votre prochain livre ?

Il portera sur le destin croisé de deux femmes, victimes de deux civilisations que, a priori, tout oppose, mais dans le fond, bizarrement, elles se rejoignent et se lèguent, chacune à sa façon, pour avilir la femme. Dans ma précédente pièce théâtrale traitant des droits de la femme, j’ai fait dire à mon personnage central ceci :
 «Je ne suis pas un adepte de la féminité intemporelle
Je veux vous parler de l’histoire de la femme
Et non pas de sa nature
Des prouesses de la femme
 Et non pas de sa beauté
Je veux vous chanter le passé de la femme
 Et non pas son exotisme
Je ne vous laisserai pas faire d’elle une nymphe
 Ni une Vénus
Encore moins une Aphrodite
La femme n’est pas une sirène
Elle n’est pas née avec une queue de poisson
Vous n’avez fait d’elle un mythe que pour démysthifier sa sagesse
Vous ne l’avez mise sur un piédestal que pour la réduire au silence
Vous ne lui avez fait des éloges que pour bien la corrompre…»
N’est-ce pas que la paix est la vocation de la femme, comme la guerre est la vacherie de l’homme ?

Est-il possible d’éditer en Algérie, du moins pour vos anciennes oeuvres, pour le lecteur algérien ?

Oui, tout est possible. Il faut que chaque partie mette le livre au centre des discussions. Que l’on parle littérature et non d’autres considérations mesquines. Il faut donner la place qui revient de droit au livre. Si les histoires produisent des livres, les livres font mieux que ça : ils façonnent l’histoire et pérennisent la mémoire. A-t-on oublié que le livre est l’avenir de l’homme ?
Par Karim AKOUCHE - Communauté : Littérature
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Mercredi 26 août 2009
 L’interpellation manu militari de Benfodil pour sa pièce théâtrale Les Borgnes ou Le Colonialisme intérieur brut, sur un site romain de Tipaza, le 13 août 2009, constitue une atteinte grave à la libre expression artistique en Algérie. Elle traduit clairement l’intention des pouvoirs publics d’empêcher toute forme d’initiative échappant à son contrôle tatillon. Elle dénie aussi à tout artiste ou écrivain le droit de pouvoir choisir librement la façon et le lieu de diffusion de son œuvre et de ses idées. Si Benfodil a délibérément choisi de faire une lecture publique de sa pièce théâtrale « sans autorisation », c’est parce qu’il est conscient que la création artistique et littéraire ne doit pas fonder son existence en demandant quelque « copyright » aux pouvoirs publics. C’est au contraire dans une totale liberté que toute création intellectuelle doit trouver la plénitude de son épanouissement. Si nos théâtres régionaux avaient pris l’habitude d’ouvrir leurs portes à nos dramaturges, sans ostracisme aucun, la pièce Les Borgnes ou Le Colonialisme intérieur brut aurait été certainement jouée en salle. L’intérêt soudain manifesté ces derniers temps par le ministère de la Culture pour porter à la scène les auteurs algériens est en totale contradiction avec le sort réservé aux auteurs maudits, ceux peut-être qui proposent des œuvres mettant en cause l’ordre établi. Pour manifester sa solidarité avec Benfodil, le café littéraire de Béjaïa lui a récemment lancé une invitation pour nous faire une lecture publique de sa pièce « sans autorisation ». Rien ne doit arrêter la liberté de création et de diffusion des arts et des lettres.

                                        Le café littéraire de Vgayet, le 21 août 2009
Par Karim AKOUCHE - Communauté : Litterature
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Jeudi 23 juillet 2009


Fort de son succès (près de 5 000 visiteurs pour l’édition 2008), le Salon du Livre de Biarritz prépare une édition 2009 exceptionnelle, les samedi 08 et dimanche 09 août 2009, au Casino Municipal de Biarritz. Temps fort de la saison estivale sur la Côte Basque, c’est une occasion unique offerte aux Biarrots et aux estivants de rencontrer gratuitement plus d’une cinquantaine d’exposants représentant toutes les étapes de la vie du livre ainsi que de nombreux auteurs.

 

Soixante ans après le Festival du film maudit qui fit les beaux jours de l’été 1949 à Biarritz, le Salon du livre rendra hommage à cette extraordinaire aventure. En effet, grâce au génie de Jean Cocteau et à sa volonté de donner une seconde chance à des films, chefs-d’œuvre artistiques mais injustement ignorés pr la critique, Biarritz est devenue, le temps d’un été, le point de rendez-vous des cinéastes les plus créatifs et des cinéphiles les plus exigeants. L’exposition et les nombreux intervenants vous feront revivre ces grandes pages de l’histoire artistique de notre cité.

Les éditions PIT (Pax in Terris) crées en 2002 sont spécialisées dans les ouvrages tendant à élever dans les esprits les défenses de la paix.



Auteur présenté : Karim Akouche

Son livre : "Les Baisers du Fantôme" qui dénonce l'intégrisme des parents de religions différentes vis-à-vis de l'amour de leurs enfants.

 

1573314672.jpgAuteur présenté : François-Jacques Giraud 

Prix mondial UNESCO

Prix servir du Rotary International.

Médecin radiologue et Auteur atypique qui consacra tous ses loisirs durant 30 ans à améliorer les relations internationales par un processus de dialogue entre les peuples. Ses résultats surprenants ont été consignés dans des livres romancés et attractifs qui restituent la réalité surprenante de son oeuvre de paix que certains jugent grandiose. Par ailleurs, une Saga d'une famille musulmane en France couvre trois générations de 1962 à 2062. Une vision du passé, du présent et de l'avenir qui est établie sur la marche de l'histoire.

Ses livres : "Histoire d'Espoir", "Chemins de Lumière et de Concorde", "Les Secrets de l'Aïeul" qui retracent son expérience d'éducation auprès des jeunes de tous les pays.

"Fatima la révoltée" et "La revanche de Fatima", saga en deux volumes qui traite, sous la forme de romans, du sujet de la venue d'une famille émigrée en France et des problèmes à surmonter. 
Un nouveau roman à paraître sous le titre "A la recherche du bonheur", histoire d'une jeune étudiante qui s'éprend tour à tour de jeunes gens de cultures dfférentes...

 

 

Par Karim AKOUCHE - Communauté : Coups de coeur et cie
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Vendredi 19 juin 2009

 

 

Soirée de poésie de la Saint-Jean

préparée par Romain Pollender et Gary Klang

Également avec la participation poétique de Karim Akouche,  Franz Benjamin et Aimé Césaire.

 

Le mardi 23 juin 2009 à 22 heures
Au restaurant Truffert, 1481, rue Laurier est, à Montréal 
tél. : (514) 590-0897

 

Entrée libre

Le Théâtre Sans Un Sou est un organisme de théâtre nouveau et souverain qui en sera, cette saison, à sa deuxième année d’existence. Il est voué à faire connaître des œuvres poétiques, théâtrales et littéraires inédites au théâtre, avec la complicité de professionnels de la scène reconnus ainsi que de comédiens professionnels à leurs débuts.

 

Pour cette quatrième soirée de la saison, nous vous proposons :

 

La Soirée : Romain – Gary

 

« J’appartiens à ce peuple sans Etat, que la nuit des temps a garrotté entre le lourd marteau de la malédiction et l’enclume du sort. » Karim Akouche.

 

Pour fêter la Saint-Jean nous vous avons préparé une soirée composée de poètes haïtiens, québécois et kabyles. Venez fêter une Québécitude rarement mise en lumière et que vous découvrirez nous en sommes certains avec délice.

 

Avec : Léa-Marie Cantin, Bernard Carez et Christophe Truffert

Mise en lecture : Romain Pollender

 

Le mardi 23 juin 2009 à 22 heures
au restaurant Truffert, 1481, rue Laurier est, à Montréal
 tél. : (514) 590-0897

 

 

 

 

                                                            Théâtre le Petit Chaplin inc.

4132 A, rue Clark, Montréal  H2W 1W9

(514) 563-1079

tpc@cooptelqc.ca

R.S.V.P. : 514 (514) 563-1079

Par Karim AKOUCHE - Communauté : Au Théâtre maintenant
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Samedi 28 février 2009

Extrait de mon roman Nos oiseaux meurent au printemps

 

 

  

Un cortège de nuées implacables obéissant aux sautes d’humeur d’un vent violent et irrégulier, traîne ses guêtres dans un ciel chauffé à blanc; accompagné par moments, par des coups de tonnerre stridents et par l’ardeur d’éclairs éblouissants. Voilà que l’hiver entre dans l’arène des saisons, brandissant d’entrée de jeu, son froid féroce et ses pluies diluviennes. Le jour se rétrécira  de plus en plus et la nuit se rallongera longtemps jusqu’à engloutir les moindres poches de lumière…

 

  Comme à l’accoutumée, le montagnard ira dans les champs faire pâturer ses bêtes, chercher de lourds fagots de bois sec pour se réchauffer et, une gaule sur l’épaule et un gros panier en osier sur le dos de son mulet,  il ira en famille ramasser les précieuses olives. Avant le lever du jour, il ira, les mains chargées de  petites attrapes en fil de fer, piéger les grives et les rouges-gorges en les appâtant avec des fourmis aux ailes scintillantes. Très tôt, sa femme aussi ne dérogera pas à ses habitudes, elle ira à la fontaine du village puiser l’eau de roche, s’occuper de son jardin, cuire son pain, pétrir son argile pour en faire la poterie ou vaquer à ses différentes occupations ménagères…

 

  Le montagnard ne cède ni à la rudesse des nuits hiémales qu’il accueille sans couvertures chaudes, ni à la brutalité de longues journées de labeur, encore moins à l’imprécation du sort qui lui a tatoué le front. Depuis la nuit des temps, sa vie est synonyme de résistance, d’endurance et de ténacité. Son repas se résume à quelques figues sèches trempées dans un bol d’huile d’olive. Son vin : pas plus d’une coupe de lait caillé. Ses habits : un simple tissu blanchâtre de laine de mouton. Ses chaussures : des savates sans lacets. Sa maison : un toit de tuiles posées sur des roseaux et du chaume, raccommodés avec de l’argile et du schiste, le tout soutenu par des lambourdes taillées dans de géants oliviers, où par-dessous les humains et les bêtes vivent grégaires en se partageant le même somme. Ses valeurs : la famille, la dignité, l’honneur et la liberté. Ses vertus: le pardon, le sens du partage, l’hospitalité et l’entre-aide. Sa religion : l’amour sans fin, l’amour de son prochain, de ses bêtes, de ses arbres, de sa terre, de ses dieux ou de son Dieu, de ses saints et même de ses ennemis... Tel est cet être touchant à qui le monde a tourné le dos: une âme chaste et un cœur débordant de tendresse. Un être jaloux de ses valeurs, ne badinant ni avec ses principes, moins encore avec ses valeurs.

 

 Je viens de ce peuple.

 J’appartiens à ce peuple…

 

 J’appartiens à ce peuple que le destin et les âges iniques ont relégué au  rang de spectateur.

 

J’appartiens à ce peuple qui assiste, la bouche muselée, au cirque arbitraire de l’Histoire qui piétine sa civilisation.

 

J’appartiens à ce peuple sans Etat, que la nuit des temps a garrotté entre le lourd marteau de la malédiction et l’enclume  rugueuse et sans pitié du sort.

J’appartiens à ce peuple qui, plutôt que de camper sur les plaines verdoyantes de son domaine, tel un aigle libre - condamné à jamais à poursuive son essor - a choisi de percher aux cimes de montagnes imposantes, comme pour effleurer la magie de l’azur et défier le mirage des lumières.

 

J’appartiens à ce peuple de troubadours qui sait manier le verbe, comme tant d’autres savent si bien manœuvrer les armes.

 

J’appartiens à ce peuple de migrateurs, voyageurs jusqu’au bout des ongles, errant d’une terre à une autre, d’une route tordue et escarpée à une autre aussi interminable et aussi sinueuse que les horizons perdus. A peine reposé  sous un semblant de toit, sans grâce ni moindre aisance, les valises et sacs constamment  suspendus au dos, il erre des confins de la terre au fin fond du monde en sillonnant les chemins interminables de l’exil.

 

J’appartiens à ce peuple qui, à cause de la stupidité et la brutalité de l’existence, ne se sent nulle part chez lui.

 

Pris dans le filet de cette Histoire injuste et démolisseuse, nous assistons parfois comme témoins, sans coup férir, et trop souvent comme résistants farouches, défendant jalousement notre territoire, contre les mille et un flibustiers et conquistadors qui s’y sont  aventurés - avides de domination et de pouvoir. 

 

Comme mes aïeux qui ont traîné leur vie d’un bout à l’autre, c’est mon tour d’endosser l’attirail du soldat l’exil. Désarmé, dans le sillage de l’aventure, j’affronte les douleurs, les frayeurs et les fantômes des territoires étrangers que je foule à tâtons.

 

Je suis l’empreinte de ce peuple.

Je porte en moi son interminable errance, ses pérégrinations incessantes au large de l’Histoire et au bord des Civilisations.

 

Le gène du vagabondage, c’est de ce peuple que je le tiens…

 

 Je suis comme l’hirondeau, comme ce bel oiseau migrateur. La seule différence entre lui et moi, c’est que lui, il voyage en quête des printemps verdâtres et quant à moi, j’erre à la quémande d’un lopin de terre, d’un taudis ou d’une bauge improbable…

 

 Je suis le produit des péripéties de  mon peuple, je suis l’authentique descendant de mon peuple.

Dès le berceau, il m’a légué ses mots, ses maux et ses douleurs. J’en ai fait ma morale, j’en ai fait mes valeurs. J’en ai construit et rafistolé les bribes de ma vie.

 

Du giron choyant de ma mère, où j’ai tété le lait de mes racines, jusqu’à aujourd’hui ; de l’enfant effarouché que j’étais, habillé d’une robe usée jusqu’à la trame, lorsque je me vautrais et me roulais dans la poussière brûlante de la cour de notre maison en torchis, je n’ai cessé de porter mes chimères et mes illusions à bout de bras…

 

 J’appartiens à ce peuple d’Hommes libres, riches malgré tout de sa misère : de ses loques en laine lavées à la sueur de l’infortune et au sang de la fatalité, de ses galettes d’orge cuites au feu rougeâtre de l’adversité, de ses oliviers mille fois millénaires élevés comme par défi si haut dans le ciel…

 

  J’appartiens à ce peuple riche malgré tout de ses figues, de ses montagnes, de ses bijoux, de son artisanat, de son métier à tisser et de la beauté sauvage de ses filles…

 

J’appartiens à ce peuple d’hommes et de femmes libres, qui n’a jamais eu la conquête comme mode de vie, ni la violence comme gagne-pain…Depuis des générations immémoriales qu’il résiste et qu’il se bat, qu’il en souffre et qu’il s’en débat. Forgeron de métaphores, chantre de beautés, bâtisseur de paix ou charmeur de divinités; tout ce qui est bon sied bien à ses états d’âme et tout ce qui est mauvais n’atteint aucunement son esprit.

Ce peuple est mon peuple. Sa terre est mon univers. Ses religions sont ma foi. Sa foi est ma croyance. Ses doutes sont mes certitudes. Ses quêtes sont mes rêves. Ses rêves sont mes illusions, ses illusions sont mes douleurs et ses révoltes sont mes colères…

  Quel brave peuple que ce peuple valeureux ! Il sait être digne dans sa misère, brave dans son martyre, dur dans ses révoltes, endurant dans ses corvées et tendre dans son art. 

 

Ainsi survit mon peuple dans l’épreuve.

Ainsi rêve mon peuple dans l'ambition.

 

Aucun pesant d’or ne réussira à corrompre ses bijoux en argent et en corail et nul Crésus ne pourra se permettre de s’offrir son âme.  Ses valeurs ne se bradent pas, ses principes ne s’achètent pas. Cependant, son amour se concède naturellement et ses émotions s’offrent à tous ceux qui tendent loyalement leur cœur pour le remplir de sentiments.

 

 Mon peuple c’est ce peuple pauvre parce qu’il ne mange pas souvent à sa faim. Mon peuple c’est ce peuple humble, discret, presque effacé ; déshérité sans pour autant être miséreux, car mon peuple n’est pas l’indigent qui fait la manche… Il est riche malgré tout de sa faim de pacifisme, de sa soif de non-violence et de son humanisme à perte de vue. Il a su fabriquer d’une vulgaire peau de lièvre un tambour pour traquer les démons et tailler d’un roseau sec une flûte pour charmer ses malheurs. Mon peuple c’est le chant des tripes incandescentes, le cri des cœurs sensibles, le roulement interminable des percussions, les notes suaves de la mandoline. Mon peuple c’est la complainte, la berceuse, la danse, le poème, la verve et  l’élocution…  

 

Je suis l’empreinte de ce peuple, je porte en moi son interminable errance, ses pérégrinations incessantes au large de l’Histoire et au bord des Civilisations. Le gène du vagabondage, c’est de ce peuple que je le tiens…

Par Karim AKOUCHE - Communauté : Coups de coeur et cie
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Fax: 05 61 29 03 24
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31000 Toulouse
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  K.AKOUCHE

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