"La civilisation, c'est la défaite de l'instinct"
Karim AKOUCHE

 

Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 15:35

«Poète est celui-là qui rompt pour nous l’accoutumance» (Saint-John Perse)


Voici un jeune homme né en Kabylie, Karim Akouche, arrivé à Montréal il y a 3 ans et qui, déjà, s’intègre dans sa terre d’accueil mais sans s’assimiler, comme le lui aurait demandé la France, c’est-à-dire en oubliant ses racines pour devenir un citoyen artificiel.  Lui, au contraire, respecte les hommes et les lois du Québec, tout en gardant vivantes ses racines qui nourrissent son utopie : le rapprochement des cultures.  Le Canada ne demande à personne d’effacer son passé.

Les 1er, 2 et 3 décembre, Karim présentait sa première pièce, Qui viendra fleurir ma tombe ? en un lieu mythique, la Place des Arts, et faisait salle comble tous les soirs, créant ainsi un événement fondateur qui installe la Kabylie dans l’imaginaire québécois.

Armé de la force invincible du coeur, ce jeune écrivain gorgé de rêves et d’humanisme avance irrésistiblement vers une reconnaissance universelle.

En 2012, sa troupe La Traversée, créée avec son vieux complice Hace Mess, présentera sa pièce aux célébrations officielles du Printemps de Prague et fera ensuite une tournée en France où il a étudié. Les Tchèques et les Français pleureront sûrement comme les Québécois en partageant la souffrance d’un peuple écrasé par le colonialisme sous toutes ses formes, et en se laissant emporter par ce chant si beau, si envoûtant, qu’il fait penser au Cahier d’un retour au pays natal. 

Mais non content d’être l’auteur du texte, le dynamique, l’infatigable Karim a réalisé également la mise en scène de sa pièce, aidé par l’excellent jeu du comédien Hace Mess, qui entre dans la peau d’un Sisyphe misérable portant avec lui la douleur de tous les opprimés de la terre. 

Les comédiennes (Crystal Racine et Marianna Tayler) sont elles aussi magnifiques d’émotion, ainsi que la cantatrice Zahia et la choriste Fatiha Hami ; sans oublier les musiciens Smail Hami, Rezki Grim et Mourad Itim. Un spectacle total de musique, de chant et de danse, accompagnant un grand texte poétique.

Les 3 soirées de la Place des Arts sont comme les 3 coups du destin frappé par un certain Karim Akouche, qui ouvre le rideau de la vie sur un avenir illuminé par la beauté et la fraternité.

Retenez tout de suite son nom, vous n’avez pas fini de l’entendre. Karim a encore d’innombrables projets en tête.  «C’est une force qui va» et que rien ne pourra arrêter. 

Un certain Karim Akouche…

 

Par Karim AKOUCHE - Communauté : Littérature
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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 14:22

T. Ould-Hamouda : C’est bientôt la première de la pièce « Qui viendra fleurir ma tombe ? » à la Place des Arts, un lieu qui n’est pas accessible à tous, encore moins aux communautés culturelles. Avez-vous quelques inquiétudes quant à son lancement ?

Karim Akouche : J’en ai naturellement quelques-unes. Étant perfectionniste, je me dois d’être exigeant non seulement envers les comédiens, mais aussi envers moi-même; d’autant plus que le texte est quelque part une partie de moi que j’étale sur la place publique. Je m’y adresse à notre peuple de manière franche, parfois brutale, et ce dans l’espoir de l’éveiller à lui-même. En rédigeant ce chant lyrico-épique, j’ai dû verser plusieurs fois des larmes -les hommes, paraît-il, ne pleurent pas (rire). Combien de fois me suis-je arrêté entre deux strophes pour me poser cette question assassine : comment est-ce possible qu’un peuple qui a été l’un des précurseurs de la civilisation universelle se retrouve-t-il en marge de l’histoire ? A-t-il été frappé par une malédiction ou est-il victime d’un complexe d’Œdipe innommable dû à l’œuvre qu’il a réalisée tout au long de son existence et qu’il refuse d’assumer?

Dans « Qui viendra fleurir ma tombe? », la pièce de théâtre qui sera jouée à la Place des Arts par notre troupe, les 1er, 2 et 3 décembre prochain, j’ai mis dos à dos l’Occident et l’Orient et tenté de révéler quelques vérités historiques. J’y ai cité plusieurs coups de génie de notre peuple. C’est notre illustre aïeul Saint-Augustin qui a façonné la pensée moderne de l’homme occidental; c’est le Pape berbère Saint-Gélase qui a inventé la démocratie laïque (dans une lettre qu’il avait adressée à l’Empereur byzantin Anastasius, il avait explicité qu’« En politique les prêtres doivent se plier aux lois de l’Empereur, et en matière de religion, l’Empereur doit écouter le prêtre »); c’est Apulée de Madaure (originaire de l’actuelle ville M’derwech),  un écrivain de chez nous, qui a écrit le premier roman; c’est Tertullien, un autre grand homme que notre terre a enfanté, qui a donné naissance à la pensée protestante; c’est la reine Dihya, connue sous le nom de Kahina, qui a semé la première graine de féminisme; les chiffres indiens, dits à tort arabes, c’est depuis la ville de Vgayet que le mathématicien Leonardo Fibonacci les a diffusés, etc.

Quel est cet autre peuple qui chérit par-dessus tout la liberté au point de n’avoir jamais songé à construire de prisons sinon le nôtre? Par le passé, pour châtier les criminels, nos ancêtres les excommuniaient, les chassaient hors du village. Quand un conflit se produisait entre tribus, nos aïeux faisaient appel aux poètes et à leur poésie : c’était au moyen de joutes oratoires qu’on faisait régner la paix.

 IMG 5304 [1600x1200] (2) Photo prise par Hacemess

Pourquoi le titre « Qui viendra fleurir ma tombe? »

C’est l’histoire d’un homme tiraillé par les affres de l’exil confondue avec celle de son peuple. Les terres étrangères sauraient-elles accueillir les corps des déracinés ? Peut-on couper définitivement le cordon ombilical avec sa terre natale? Je ne le pense pas. La nostalgie, les odeurs du passé et l’enfance finissent toujours par rejaillir au détour d’un souvenir et rattraper l’exilé. Il n’y a que deux choses que l’on n’oublie qu’à sa mort, comme dirait le poète, le visage de sa mère  et le visage de sa terre natale. Quand je ne serai plus de ce monde, je souhaite être inhumé à l’ombre d’un olivier, et là je serai certain que les miens viendront déposer des gerbes de fleurs sur ma tombe… Mourir en exil est la plus épouvantable des morts. Périr exilé, c’est mourir plusieurs fois.

Ayant assisté à une séance de répétitions, j’ai remarqué votre attachement profond à votre terre natale, personne ne pourrait la décrire tel que vous le faites, pouvez-vous nous parler de cette relation Terre-Fils ?

La Kabylie est ma meilleure carte d’identité. C’est elle qui m’a appris à balbutier, à rire, à aimer, à écrire et à rêver. Elle m’a enfanté, allaité et appris à prendre la longue marche de la vie. Toutes les valeurs universelles que je porte en moi, c’est à elle à qui je les dois. Quand je vois l’état actuel où elle se retrouve, cela me rend fou de rage. C’est affligeant : tous les fléaux les plus exécrables du monde s’y trouvent (terrorisme, racket, kidnapping, prostitution, trafic d’organes, etc.). Si on est doté d’un minimum de discernement et si on cherche pourquoi par exemple le kabyle, une langue aussi vieille que l’araméen, embarrasse-t-il l’État algérien, on arrive à cette conclusion qui tranche comme un couperet : c’est le projet de société que cette langue véhicule dans sa philosophie profonde, moderne et ouvert sur le monde, qui dérange. N’est-ce pas parce qu’il est aux antipodes de celui imposé par Alger, lequel est rétrograde : obscurantiste. Sinon comment expliquer les agressions successives commises contre notre peuple par le pouvoir sanguinaire et ce depuis l’indépendance? Il a tué ou fait fuir notre élite. Il a falsifié notre Histoire. Il a sinistré notre école. Il a souillé nos héros et maintenant il cherche à altérer notre âme. Tout récemment, des militaires ont assassiné une vieille femme, Zahia Kaci, près de son domicile alors qu’elle revenait avec deux amies d’une veillée funèbre…La Kabylie serait-elle un laboratoire servant à tester les munitions d’un régime à bout de souffle qui cherche à équilibrer ses clans afin d’assurer sa pérennité? Non, nous refusons d’être les cobayes de cette hydre à deux têtes, qui porte la chéchia le jour et le képi la nuit…

Les comédiens déclament votre texte avec une sensibilité qui donne la chaire de poule, comment s’est-il porté votre choix ?

Notre troupe théâtrale « la Traversée » se veut un trait d’union entre les peuples, ou plutôt une espèce de passerelle entre notre culture et les autres. Dans cette pièce, en plus d’un excellent comédien kabyle, Hacemess, il y a une comédienne québécoise et une autre originaire de Colombie. Notre devise est la suivante : aller de chez nous vers l’universel via l’art. Mais « universalité » ne veut pas dire « universalisme » ou globalisation à outrance, mais plutôt fraternité, diversité et harmonie.

IMG 7251 (Copier)

 

En plus des comédiens, il y a aussi des chanteurs et musiciens ?

« Qui viendra fleurir ma tombe? » est non seulement une pièce de théâtre, mais aussi une comédie musicale. Des musiciens et chanteurs ont travaillé de concert et d’arrache-pied à l’aboutissement de ce projet. 

 

Quel message voulez-vous faire passer par cette pièce ?

N’étant pas un donneur de leçons, me méfiant des lendemains qui chantent et doutant de la dictature de la Raison, ma réponse ne serait que subjective: ce texte est à la fois une déclaration d’amour à notre peuple et un procès contre lui.  Et après tout, la poésie ne serait-elle pas cet art qui extrapole les sentiments en exagérant les ambivalences? Notre peuple est grand par son histoire, mais tristement petit par sa mémoire. Et s’il refuse d’entretenir sa mémoire, il s’évanouira à coup sûr dans la mémoire des autres. Quelques Kabyles, plutôt sincères dans leur combat, charmés par les sirènes universalistes, me reprochent d’être très tendre avec les miens. Je leur dis ceci : je refuse de pratiquer l’auto-flagellation. Un proverbe de chez nous dit « c’est quand le taureau est à terre que les couteaux sont tirés. » Je refuse d’occire mon peuple, ce peuple déjà mourant. Je suis un acerbe critique, mais mon peuple, souillé et écorché par l'Histoire, m'interpelle plus que jamais. Il a besoin de tout Kabyle digne. Je me dois de l'aider et de le célébrer, sans toutefois tomber dans une glorification stérile. J’en veux pour preuve Aimé Césaire qui a fêté la négritude : n’a-t-il pas « exagéré » dans « Cahier d’un retour au Pays natal » son amour qu’il éprouvait aux Noirs?...Je ne suis pas naïf : quand j'ai louangé Saint-Augustin dans cette pièce, ce n'est pas pour lui pardonner les exactions qu'il avait commises contre les Donatistes. Mais il est des conjonctures qui ne s’assument pas et des époques qui trichent. Pourquoi alors les Français auraient-ils le droit de fêter Napoléon 1er, lequel avait causé la mort de plus d’un million de civils, et Robespierre, qui, pour l’anecdote, avait fait décapiter la féministe Olympe de Gouges, pas un Kabyle ses ancêtres?...La haine de soi ne mène nulle part. L’universalisme est un luxe qu’un peuple sans État ne peut pas se permettre. Si on devait se méfier du nationalisme parce qu’il serait susceptible d’exclure les autres, le patriotisme ne serait-il pas l’amour des siens?

Nous devons être fiers de l’apport considérable de notre peuple à la civilisation universelle. Défolklorisons notre culture, assumons notre kabylité -à plus forte raison, notre kabylitude -et soyons vigilants, car, au risque de me répéter, l’Histoire ne fait pas dans la dentelle, elle conduit les peuples qui combattent et traînent ceux qui capitulent. 

Avez-vous d’autres projets ?

En plus de l’écriture, qui est ma première raison d’être, je compte, si tout va bien, monter l’année prochaine, avec mon acolyte Hacemess, deux pièces de théâtre, une en kabyle et l’autre en français. Je compte également créer une maison d’éditions afin d’aider les jeunes écrivains de chez nous et d’ailleurs à émerger sur la scène littéraire… Ayez mille projets, vous vivrez mille ans!

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Entrevue réalisée le 6 novembre 2011  par Tassadit Ould-Hamouda

Par Karim AKOUCHE - Communauté : Littérature
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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 06:00
affiche numerique 
Trois représentations seront données au Studio-Théâtre de la Place des Arts. 75 Rue Sainte-Catherine Ouest 
Montréal, QC H2X 1Z8 
Métro : Station Place-des-Arts 


Synopsis: 

«Qui viendra fleurir ma tombe?» est un chant épique, parfois tragique, souvent lyrique, que comédien(ne)s (Crystal Racine, Hace Mess, Mariana Tayler) et chanteurs/chanteuses( Zahia, Smail Hami, Razki Grim, Mourad Itim et Fatiha Hami) interpréteront avec force, et ce pour nous rappeler que c’est l’illustre Saint-Augustin qui a façonné la pensée moderne de l’homme occidental, c’est le Pape berbère Saint-Gélase qui a inventé la démocratie laïque, c’est aussi Apulée de Madaure qui a écrit le premier roman, c’est également Tertullien qui a donné naissance à la pensée protestante et enfin, c’est la reine Kahina qui a inventé le féminisme. 

C’est l’histoire tourmentée d’un exilé confondue avec celle de son peuple ; c’est l’éternelle interrogation d’un troubadour sur une identité plusieurs fois millénaires qui résiste à l’usure du temps, sur un peuple qui assiste, la bouche muselée, au cirque arbitraire de l’Histoire qui piétine sa civilisation. 

Comme le « Cahier d’un retour au Pays natal » d’Aimé Césaire, « Qui viendra fleurir ma tombe ? « est un chant puissant « à thèse » qui « permet de rompre… avec la civilisation artificielle et de faire appel aux forces profondes de l’Homme. » 

« Qui viendra fleurir ma tombe ? » est un hymne bouleversant que tout déraciné, autochtone privé de son identité ou peuple piétiné par un colon sans scrupules, dédierait à ses ancêtres. 

« Qui viendra fleurir ma tombe ? » nous rappelle plus que jamais que l’Histoire ne fait pas dans la dentelle, elle conduit les peuples qui combattent et traîne ceux qui capitulent.
Par Karim AKOUCHE - Communauté : Au Théâtre maintenant
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Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 06:13


meksa
 


 

Par Karim AKOUCHE - Communauté : France Art - Culture
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Jeudi 29 septembre 2011 4 29 /09 /Sep /2011 14:42

Programmation du dimanche 2 octobre 2011

Poètes

Karim Akouche

Guy Amou

Jade Beaulieu-Boutin

Danielle Godin
Slameurs

Sylvain Roy

Latson
Participation musicale

Musique – Piano : Pascal Bouchard—-Yannick Landry

Guitare – Shannon Quessy

Interprétation : Marie Pier Rémillard



Entrée gratuite

Le 1er dimanche de chaque mois à partir de 16 h 30

6289, rue St-Hubert, Montréal, http://gainzbar.com/

www.vivementpoesie.com

Par Karim AKOUCHE - Communauté : Litterature
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Texte Libre

"La haine est la consolation de l'homme quand l'intelligence lui fait défaut"
  K.AKOUCHE

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